Des pages de l’Histoire sous un nouveau jour: les coulisses de l’Histoire

Spécialiste du XXe siècle et en particulier de la Seconde Guerre mondiale, l’historien Olivier Wieviorka a dirigé la nouvelle collection cinétévé documentaire “Les coulisses de l’Histoire”.

Quelle est l’intention des quatre volets de cette collection documentaire ?

Olivier Wieviorka : Le livre Les mythes de la Seconde Guerre mondiale, que j’ai codirigé, recensait ceux qui ont donné une image déformée, voire erronée, de ce conflit. Dans le même esprit, il s’agit, avec cette collection, de rétablir quatre grands épisodes historiques dans toute leur complexité. Certaines vérités s’imposent parfois comme paroles d’Évangile, elles correspondent soit à une mémoire diffuse des événements, soit à une construction des appareils de propagande. Ainsi, contrairement à l’opinion communément admise, le plan Marshall n’a pas été qu’une entreprise philanthropique destinée à sauver l’Europe de la misère, mais aussi un moyen d’affermir les intérêts politiques et économiques des États-Unis. De même, le Japon n’a pas seulement capitulé à cause d’Hiroshima. Nous allons également surprendre en interrogeant des légendes fermement ancrées concernant Mao et Hitler. Ce dernier, par exemple, ne fut pas le stratège qui faillit soumettre l’Europe à sa loi, mais plutôt un médiocre tacticien.

Qu’est-ce qui rend possible cette «relecture» de l’histoire ?

La distance avec l’événement permet aux historiens de poser un regard froid et neuf sur ces épisodes. Qui se souvient, par exemple, qu’au lendemain de l’attaque d’Hiroshima, l’Union soviétique a envahi la Mandchourie (occupée alors par le Japon), les États-Unis et l’URSS étant alors lancés dans une véritable course pour se partager les fruits de la proche reddition du Japon ? Si cette invasion figure bien dans les manuels, elle a été occultée par une véritable construction mémorielle, qui a permis à l’empereur Hirohito de présenter son peuple comme les victimes d’une arme terrifiante et d’échapper au tribunal. Quant aux États-Unis, ils ont pu s’arroger le seul bénéfice de la victoire. Pourtant, c’est bien la perspective d’une occupation soviétique et le risque d’assister à la fin de la dynastie impériale, qui ont en réalité amené Hirohito à capituler.

De nouvelles archives ont-elles été mises au jour ?

Quantité d’images permettent d’incarner ces nouvelles interprétations. Par exemple, ce document dans lequel Hitler, enregistré à son insu, avoue sa surprise face à la résistance soviétique devant Moscou. Nous avons aussi exhumé des perles, telle cette séquence d’une chanson espagnole, entonnée à tue-tête, vantant le plan Marshall pour sortir l’Espagne de la misère. En outre, nous avons pu exploiter de nombreuses images tournées en Chine et accessibles depuis peu. Bien sûr, il ne s’agit pas avec ces films d’énoncer une opinion, mais de procéder à une démonstration nuancée, qui s’appuie sur un travail scientifique, et qui fait aujourd’hui à peu près consensus parmi les historiens.

©Arte – Propos recueillis par Maria Angelo

Kit presse

Télécharger