LA GRIPPE ESPAGNOLE – L’INFILTRATION 2/4

Le 4 mars 1918, après quatre années de combats meurtriers, l’Europe vit dans l’attente de l’issue du premier conflit mondial. Ce jour-là, dans le camp militaire de Fort Riley au Kansas, plus d’un quart des conscrits souffre d’une étrange maladie. Près de 500 jeunes recrues après avoir développé de fortes fièvres, une toux persistante et des courbatures présentent un état général très affaibli et des difficultés respiratoires. Aussi, le médecin du camp alerte les services sanitaires de l’US Army. Des mesures de quarantaine sont émises, mais, pour éviter de retarder l’arrivée des renforts sur le front, le Président Wilson refuse de les mettre en place. De plus, une maladie qui se propage au sein d’une armée combattante ne fait pas bonne presse.

Très vite, l’épidémie gagne la côte-Est des États-Unis. Passage obligé des soldats américains en partance pour aller combattre en France contre l’adversaire allemand, les villes de New-York, Baltimore, Boston et Philadelphie deviennent des foyers infectieux sans que personne n’y prenne garde. Bientôt, de nombreux navires, avec à leur bord des soldats malades traversent l’Atlantique sans que les autorités ne s’inquiètent de leur sort. Aussi, dès le début du mois d’avril, au fil de l’arrivée de ces troupes, les populations civiles du Nord-Est de la France sont à leur tour infectées. Comme en général, la maladie prend la forme d’une banale grippe saisonnière, malgré son caractère contagieux, les autorités peinent à prendre la menace au sérieux.

Pendant ce temps, le virus se propage dans les tranchées et les troupes n’échappent pas à la contagion. Très vite, la Grande-Bretagne, l’Italie et l’Allemagne sont aussi touchées. En mai, les premiers cas font leur apparition en Espagne. Mais contrairement à tous les pays belligérants, son statut de nation neutre ne soumet pas la presse à la censure et les journalistes espagnols sont les premiers à s’exprimer librement sur le sujet. Les articles s’amusent de cette grippe carabinée qui cloue au lit le roi Alphonse XIII ; si bien que cette spécificité conduit rapidement à baptiser la maladie du nom de « Grippe espagnole » en France et « Spanish Influenza » chez les Anglo-Saxons. Dans les semaines suivantes, la dispersion du virus s’accélère par les liaisons maritimes reliant les métropoles européennes à leurs colonies.

Dès le mois de juin 1918, de nombreux cas sont signalés en Afrique du Sud, en Inde, en Indonésie et jusqu’en Australie et en Nouvelle-Zélande. Pour autant, les pouvoirs publics ne s’alarment toujours pas et aucune mesure pour endiguer l’épidémie n’est prise. La maladie n’apparaît toujours pas dangereuse, l’écrasante majorité des malades se relève en quelques jours et les cas mortels restent peu nombreux Quand soudain, avec l’arrivée du mois d’août, le nombre de malades commence à diminuer. Soulagé, on pense alors que le gros de l’épidémie est passé. Mais en réalité, il n’en est rien. Comme le calme avant la tempête, le virus fait une pause et se prépare à muter…

 

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