La décolonisation britannique

Après nous, le déluge

Synopsis

La postérité nous a légué l’idée que la décolonisation britannique a été un processus pacifique, consenti et somme toute exemplaire. Contrairement aux puissances coloniales française, belge ou portugaise qui se sont accrochées à leur rêve impérial, le gouvernement de Sa Majesté aurait su anticiper le vent de l’histoire en assurant aux peuples placés sous sa domination, une transition pacifique vers l’indépendance. Et pourtant ! La décolonisation du Royaume-Uni ne fut pas un long fleuve tranquille. Entre répression aveugle, déplacement forcé de populations, camps d’internement et guerres civiles, la couronne britannique n’a lâché ses joyaux coloniaux que contrainte et forcée…souvent au prix du sang !

 

Septembre 1945. Après trois années d’absence, l’armée de sa Majesté reprend enfin pied à Singapour sous les acclamations d’une population trop heureuse de retrouver la quiétude et prospérité de la Pax Britannica. Mais derrière le faste de la cérémonie se cache une réalité bien différente.  En ce lendemain de Seconde Guerre mondiale, l’empire le plus vaste, le plus peuplé et le plus riche de l’histoire est en proie au délitement. De L’Inde à la Malaisie, des Antilles aux colonies d’Afrique, la contestation gronde contre l’ordre colonial. Ruiné par la guerre et préoccupé par sa reconstruction, le Royaume-Uni n’a alors plus les moyens de ses ambitions. S’il veut préserver l’essentiel de son Empire, il est contraint de lâcher du lest. Dès 1947, alors que la Hollande et la France s’embourbent dans des guerres coloniales en Asie, les Britanniques accordent l’indépendance à l’Inde et au Pakistan. Mais en réalité, ce retrait leur est imposé plus que consenti et Londres, loin d’avoir anticipé l’évidence, bâcle son départ, laissant derrière elle un pays en proie aux violences inter-religieuses et à la guerre civile. Un schéma qui se répète en 1948 quand le gouvernement de Sa Majesté décide unilatéralement de quitter la Palestine sans avoir réglé l’épineux problème. Si Churchill dénonce une « débandade » humiliante, Clement Attlee parvient pourtant à transformer ces départs en un événement fondateur d’une amitié postcoloniale présageant d’un avenir radieux avec ces anciennes colonies. Un discours habilement relayé par les media que vient consolider l’indépendance négociée pacifiquement de la Birmanie et de Ceylan en 1948. Le mythe est né !

 

Mais en coulisses, Londres ne recule devant aucune méthode pour se maintenir là où elle l’estime nécessaire. Sous prétexte de lutter contre le communisme, elle déclare dès 1948 l’état d’urgence contre l’Armée de libération des peuples de Malaisie laissant carte blanche aux troupes de sa Majesté pour traquer la guérilla. Quatre ans plus tard, c’est au tour du Kenya d’être le théâtre d’une répression aveugle contre le mouvement indépendantiste Mau Mau. Épaulée par les milices blanches, l’armée ratisse la campagne, parque des populations entières dans des camps et massacre plus de 100 000 rebelles dans une impunité totale. Au même moment à Chypre, elle n’hésite pas à souffler sur les braises de la guerre civile en armant les minorités turques contre les Chypriotes grecs qui souhaitent passer dans le giron d’Athènes. Une politique de terreur qui s’avère rapidement être une impasse…

 

En 1956, le fiasco de l’expédition de Suez met un point final au rêve de grandeur impériale. Reléguée au rang de puissances secondaires et de plus en plus critiquée sur la scène internationale, Londres se résigne enfin à suivre le vent de l’histoire. Entre 1956 et 1964, la Couronne se retire de plus de 20 territoires. Toutefois, elle a bien du mal à abandonner ces territoires et tente d’y maintenir son influence par des méthodes souvent douteuses : envoi de mercenaires au Yémen en 1963 pour lutter contre les communistes, soutien au régime ségrégationniste de Ian Smith en Rhodésie dans les années 1980, intervention militaire contre l’Argentine dans les Falklands en 1982. Ce n’est qu’en 1997, lors de la rétrocession de Hong Kong à la Chine que l’histoire coloniale britannique semble avoir enfin atteint son terme. Reste que Londres a su garder une certaine influence sur ces anciennes possessions grâce au Commonwealth des Nations qui comprend 53 états…dont 17 reconnaissent Élisabeth II pour monarque !

 

Ainsi l’image d’une décolonisation pacifiste persiste aujourd’hui encore, entretenue par une propagande qui s’est plu à montrer des images pacifiées des cérémonies d’indépendance et se plaît encore à exploiter les voyages de la Reine dans les pays du Commonwealth. Il est vrai que Londres a bénéficié du repoussoir que représentaient les décolonisations française, portugaise et néerlandaise, mais cet épisode douloureux demeure un traumatisme dans ces pays déstabilisés par leur ancien maître colonial. Une plaie ouverte qui n’a pas encore cicatrisé non plus au Royaume-Uni, ou la nostalgie de ce que fut l’empire reste vivace et freine considérablement un travail de mémoire pourtant nécessaire.

  • Langues

    Français
  • Auteur

    Déborah Ford
  • Équipe technique

    Réalisatrice: Déborah Ford
    Direction de collection : Olivier Wieviorka et David Korn-Brzoza
    Une production de Fabienne Servan Schreiber et Lucie Pastor
    Conseiller historique: Mélanie Torrent
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