La Neutralité Suisse

L'art de la prospérité

Synopsis

Un épisode inédit de la série documentaire : « Les coulisses de l’Histoire »

 

L’Histoire nous a légué de la Suisse l’image d’un pays au-dessus de tout soupçon, ayant contre vents et marées défendu une neutralité exemplaire. Et pourtant ! Au cours de la Seconde Guerre mondiale, la Suisse s’est écartée de ses valeurs légendaires et la bonne marche des affaires a souvent prévalu sur toute autre considération. Ainsi, elle a réussi à préserver sa neutralité en s’arrangeant avec ses principes les plus fondamentaux, mais à quel prix !

 

3 septembre 1939, tous les cantons helvètes vibrent au son du tocsin. L’Europe sombre dans le deuxième conflit mondial et comme tous ses voisins, la Suisse est sur le pied de guerre. 430 000 de ses concitoyens sont appelés sous les drapeaux, prêts à défendre la Patrie. Pourtant, la Suisse se sait démunie. Aussi disciplinées qu’elles soient, ses troupes mal armées, ne sont pas en mesure de repousser un éventuel assaut allemand. De plus, faute de ressources suffisantes, l’économie helvétique dépend en partie de ses importations, pour le ravitaillement comme pour les matières premières. La Confédération va alors s’efforcer de maintenir des liens économiques avec ses partenaires, tout en essayant de ne pas trahir sa traditionnelle neutralité. Un numéro d’équilibriste qui s’annonce périlleux….

 

Dix mois plus tard, l’Allemagne remporte la guerre à l’Ouest. Le petit état alpin se trouve désormais bloqué entre les forces d’Hitler et celles de Mussolini. Pragmatique, il s’empresse alors de jouer sur une ligne favorisant ses relations avec l’Axe. Une neutralité dissymétrique qui choque d’autant moins une opinion suisse qui, loin d’éprouver une fascination pour le fascisme, sait pertinemment que sa neutralité ne la protégera pas de l’appétit de ses voisins. L’heure est au réalisme, quitte à ruser avec ses valeurs. Pour éviter tout sujet de discorde potentiel, le ministre de la Justice Eduard Von Steiger durcit drastiquement les conditions d’accueil sous le prétexte fallacieux que, noyé sous les flots de réfugiés le pays ne peut plus assumer son rôle d’asile de l’Europe. Au total plus de 20 000 personnes seront refoulées, expulsées, voire livrées aux autorités allemandes. En parallèle, les Suisses autorisent l’Allemagne à utiliser leur monnaie pour effectuer ses achats sur les marchés extérieurs. Les banques acceptent aussi de blanchir l’or volé dans les pays occupés. Un habile calcul de Berne qui, en se rendant indispensable aux intérêts financiers de Berlin, éloigne le spectre d’une invasion…. Au prix d’une grosse dette morale.

 

Car cette complaisance nécessaire ne tarde pas à muer en une compromission intéressée. Avec un cynisme certain, des entreprises helvètes s’engagent sans remord dans l’effort de guerre allemand. Certaines fournissent même des produits hautement stratégiques au régime nazi. D’autres franchissent allègrement la ligne rouge, comme IG Farben qui n’hésite pas à employer des internés d’Auschwitz pour construire une centrale électrique. Cet accommodement éclabousse même le très humaniste Comité international de la Croix-Rouge qui, en plus de dépêcher des missions sanitaires pour soutenir la Wehrmacht sur le front de l’Est, manifeste une surprenante passivité à l’égard de l’extermination des Juifs d’Europe. Une attitude qui provoque l’indignation des Alliés lorsqu’en juin 1944 une délégation de la Croix-Rouge visite le camp de Terezin et ne trouve rien à redire alors même que les crimes nazis lui sont connu depuis 1941.

 

À l’automne 1944, il est de plus en plus difficile pour le pays de maintenir la fiction de sa neutralité. Face à la pression des Alliés qui ne cessent de dénoncer ses relations ambiguës avec l’Allemagne et la défaite du Reich qui se profile, Berne finit par interdire l’exportation de matériel de guerre avant d’adopter une politique moins drastique à l’égard des réfugiés. Il faut cependant attendre le 2 mars 1945, pour qu’un arrêté fédéral prohibe le rachat de devises allemandes à l’heure même où il ne reste plus grand-chose à tirer d’un Reich en ruine. Des décisions bien minces mais qui permettent néanmoins à la Suisse de ressortir de la grande épreuve sans être placée au ban des nations.

 

L’image d’une Suisse campée dans sa neutralité durant la Seconde Guerre mondiale résiste pourtant à l’usure du temps. Elle semble en partie dû à l’image de nation vertueuse, soucieuse de proposer ses bons offices au monde tout en restant à l’écart des conflits que le pays a su entretenir tout au long de son histoire. En 2002, cette impunité sera néanmoins sévèrement mise à mal par la publication du rapport Bergier dont les 11 000 pages sont accablantes. En réponse, Berne versera 1,25 milliard de dollars puis fera à nouveau le choix du silence, estimant avoir soldé ses comptes avec l’Histoire. Alors même que le pays dispose enfin du matériel historique pour avoir un débat serein sur cette période sombre, il refuse de le tenir. Dommage…

  • Langues

    Français
  • Auteur

    Philippe Saada
  • Équipe technique

    Voix commentaire : Mohamed Rouabhi
    Conseillère historique : Irène Herrmann

    Musique originale : Laszlo Verres (Patrick Véres) ; Regis Bouaziz

    Montage : Jean-Paul Le Grouyer
    Assistants monteurs : Samuel Pinon ; Emmanuelle Joly

    Montage son : Frédéric Commault
    Documentaliste : Karim Kamrani
    Graphisme : Julien Condom

  • Équipe artistique

    Un film de Philippe Saada et Paul Le Grouyer
    Réalisé par Philippe Saada
    Directeur éditorial : Olivier Wieviorka
    Directeur artistique : David Korn-Brzoza
  • Distributeur

    ZED Distribution
  • Vendeur à l'étranger

    ZED Distribution
  • Édition musicale

    Co-édition
  • Une production Cinétévé
    Cinétévé : Fabienne Servan Schreiber, Lucie Pastor
    Unité Société et culture Arte : Fabrice Puchault
    Programme Histoire Arte : Anne Grolleron

    Avec la participation de Viasat World Limited, de la RTBF - Unité Documentaires - Marc Bouvier, de Al Arabiya Channel, de Madman Entertainment
    Avec le soutien de la PROCIREP – Société des Producteurs
    Et de l’ANGOA et du Centre national du cinéma et de l’image animée